Pourquoi l’érosion de la biodiversité est-elle un enjeu majeur ?
La biodiversité désigne la variété des formes de vie sur la Terre. Elle s’apprécie à 3 niveaux : la diversité écosystèmique, spécifique et génétique.
Sur le sujet, comme le dit si bien Aurélien Barrau, astrophysicien et philosophe français, et contrairement à la question climatique, ce n’est pas une peur de l’avenir qui doit nous effrayer mais un bilan du passé : en quelques siècles nous avons perdu 60% des forêts, en quelques décennies, 60% des mammifères sauvages et en quelques années 60% des insectes. L’érosion de la biodiversité est aujourd’hui telle que les scientifiques considèrent que nous vivons la 6ème extinction de masse, la prédédente ayant pour conséquence la disparition des dinosaures et l’expansion des mammifères.
Depuis le sommet de la Terre 🌎 de Rio de Janeiro en 1992, la préservation de la biodiversité est considérée comme un des enjeux essentiels de notre siècle. La Convention sur la diversité biologique (CDB) signée au cours de ce sommet engage les pays signataires à protéger et restaurer la biodiversité.
Si les associations de défense de la biodiversité ont longtemps axé leurs campagnes de communication pour la défense de la biodiversité sur certaines espèces emblématiques comme l’ours polaire ou le panda, l’érosion de la biodiversité revêt des enjeux plus larges que l’extinction, certes dramatique, de quelques espèces à l’autre bout du monde. En effet, la biodiversité est nécessaire aux sociétés humaines qui en sont entièrement dépendantes à travers les services écosystémiques qu’elle rend.
L’évaluation des écosystèmes pour le millénaire distingue quatre catégories de services que nous rend directement la biodiversité :
- Les services d’approvisionnement (nourriture, combustibles, matériaux et médicaments de santé humaine et vétérinaire) ;
- Les services de régulation (régulation du climat, des inondations, pollinisation ou diminution du risque de pullulation de pathogènes comme le covid-19) ;
- Les services de soutien (grands cycles biogéochimiques de l'eau, du carbone…, formation des sols ou production primaire) ;
- Les services culturels (aspects esthétiques, spirituels, récréatifs, éducatifs qu'apporte la nature, source d'inspiration pour les sociétés humaines : biomimétisme).
Dit autrement, l’érosion de la biodiversité est une menace vitale pour l’Homme.
La réponse internationale à l’érosion de la biodiversité est calquée sur la réponse aux enjeux du changement climatique.
En 2012, la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES), le GIEC de la biodiversité, a été lancée par le programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) pour conseiller les gouvernements sur cette thématique. Autre conséquence de la Convention pour la Diversité Biologique, les états signataires (« parties » en anglais) se réunissent au sein de conférences (Conférences of the Parties) régulièrement. La 15ème conférence se tiendra du 7 au 19 décembre 2022, à Montréal, au Québec (Canada, 🇨🇦).
Les objectifs du Canada, pays hôte, sont clairement présentés sur le site1 du gouvernement canadien : mettre en place une réelle « collaboration internationale à l’égard d’un ambitieux cadre mondial pour la biodiversité pour l’après-2020, qui visera notamment la protection de 30% des terres et des océans d’ici 2030 ». Ces objectifs exigeront « un véritable changement transformationnel, des innovations et une prise en compte adéquate de la vraie valeur de la nature dans les prises de décisions dans tous les secteurs ».
Quels sont les liens entre le changement climatique et l’érosion de la biodiversité ?
Les enjeux liés au changement climatique ont pris le dessus au sein de la société et des instances gouvernementales sur ceux liés à l’érosion de la biodiversité, peut être parce que car la mesure du changement climatique via les émissions de gaz à effet de serre (GES) est facilement quantifiable. A tort toutefois, car les liens entre le changement climatique et l’érosion de la biodiversité sont de plus en plus importants. De fait, les causes de l’extinction actuelle de la biodiversité, bien que diverses, ont toutes pour origine les activités anthropiques, qui sont elles directement liées à nos émissions de GES. A terme, l’indicateur carbone pourrait donc aussi être un bon indicateur de l’érosion de la biodiversité.
L’érosion de la biodiversité est aujourd’hui largement indépendante du changement climatique.
Selon le rapport sur l’Évaluation des écosystèmes pour le millénaire de 2005, quatre grands facteurs anthropiques ont entraîné une grave perte de la diversité biologique, largement irréversible.
Par ordre d’importance :
- La destruction et la contamination des milieux naturels ;
- La prédation en excès et la surexploitation des ressources naturelles ;
- L’introduction d'espèces envahissantes et enfin ;
- Le réchauffement climatique🔥.
Les liens entre le changement climatique et l’érosion de la biodiversité sont de plus en plus importants.
La biodiversité joue un rôle important dans les flux de gaz à effet de serre et l’atténuation du changement climatique. Ce rôle s’accentuera évidemment avec le changement climatique.
Selon le Biodiversity and climate change workshop report (2019), un rapport commun du GIEC et de l’IPBES l’ « absorption de plus de 50 % du CO2 anthropogénique à travers la photosynthèse, la biomasse et le matériel organique mais aussi à travers la dissolution du CO2 dans les eaux océaniques, réduisent déjà naturellement le changement climatique. Les contributions de la nature à l'atténuation du changement climatique, en partie fournies par la biodiversité sous-jacente, sont cependant menacées par la dégradation des écosystèmes résultant du changement climatique progressif et des activités humaines ». En d’autres termes, un écosystème stable composé d’une biodiversité riche est un écosystème en bonne santé qui contribue à la régulation du climat via notamment le stockage direct du carbone sous forme de biomasse (forêts, sols, mangroves, baleines 🐋 ).
A contrario, la dégradation des écosystèmes par les changements d'affectation des terres et d'autres impacts sur la séquestration de carbone naturel est un contributeur majeur aux émissions de CO2 et, par conséquent, un facteur supplémentaire du changement climatique.
Est-il possible de comptabiliser l’atteinte à la biodiversité sur le modèle de la comptabilité carbone ?
Contrairement aux émissions carbone, la mesure de l’état de la biodiversité est difficile étant donnée la complexité des systèmes écologiques : il n’existe pas d’unité permettant de comparer les différentes atteintes à la biodiversité et donc de ramener des mesures effectuées dans des écosystèmes à des équivalents d’autres écosystèmes. A combien d’hectares de forêts dites primaires 🌳 correspond un hectare de prairies ? à combien d’équivalents renards correspond une colonie d’abeilles sauvages ?
Par ailleurs, comme l’explique la Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité dans son rapport "Indicateurs et outils de mesure : Évaluer l’impact des activités humaines sur la biodiversité ? » (2021), de la même manière que la communauté scientifique travaillant sur le changement climatique « utilise un indicateur (changement de la température mondiale moyenne) et un objectif (augmentation maximale de 2°C par rapport aux niveaux préindustriels), il est difficile de fournir un « objectif biodiversité » avec un indicateur facile à mesurer à court terme et facile à communiquer ».
Elle ajoute que le taux d’extinction des espèces – métrique largement utilisée depuis des années – avec l’objectif de maintenir les extinctions d’espèces en dessous de 20 par an au cours des 100 prochaines années, dissimule inévitablement les disparités spatiales et les complexités des systèmes écologiques. « Atteindre un tel objectif de réduction du taux d’extinction des espèces n’empêchera pas de constater des changements dommageables de biodiversité (perte de population et de diversité génétique, altération du fonctionnement des écosystèmes et réduction des services écosystémiques associés…) ».
Finalement, ce type d’indicateur a une portée moins scientifique que politique pour alerter les dirigeants d’entreprises sur l’érosion de la biodiversité liée à sa chaîne de valeur.
Par ailleurs, étant donné l’impact de plus en plus important, par rapport aux autres causes, du changement climatique sur l’érosion de la biodiversité, l’indicateur carbone avec tous les défauts qu’il comporte s’apparente tout de même de plus en plus à un indicateur universel de la relation de l’Homme à la nature en plus de permettre un suivi robuste de l’impact de nos organisations sur le climat.
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Nota Bene : La mise en avant d’un koala 🐨 en illustration de cet article, une espèce parapluie (c’est-à-dire dont la protection bénéficie à l’ensemble des espèces présentes au sein du même écosystème), relève de la même démarche que celle des organisations de défense de la biodiversité il y a quelques années afin de mieux sensibiliser nos sociétés sur cet enjeu majeur.
Source :
1 Site du gouvernement canadien présentant les ambitions de la COP 15 à Montréal